mardi 12 décembre 2017

Stage à Nort sur Erdre - 17/18 février 2018

Je serai de retour à Nort sur Erdre chez Romain les 17 et 18 février, pour la 5e fois. Si je suis aujourd'hui plus demandé que je ne l'étais lors des premières éditions et qu'il devient difficile d'accepter toutes les invitations que je reçois, Nort sur Erdre reste pour moi un événement incontournable et un moment de l'année que j'attends toujours avec impatience.


lundi 11 décembre 2017

La technique Alexander

La technique Alexander, qui tient son nom de son créateur Frederick Matthias Alexander, est un processus qui vise à développer chez l’individu la capacité à éliminer ses tensions corporelles en réinitialisant le corps et le cerveau. La technique permet de corriger les schémas moteurs créés par la force de l’habitude, notamment sur des mouvements et des postures simples tels que se tenir debout, s’asseoir ou marcher.

L’idée derrière la technique Alexander est que de nombreuses douleurs chroniques sont liées à des mauvaises habitudes qui individuellement semblent négligeables mais qui mises bout à bout sur des décennies (comme une posture de mauvaise qualité devant son ordinateur) finissent par avoir un impact dramatique.

Me souvenant de propos de Kuroda sensei disant du bien de la méthode et appréciant l’idée qui sous-tend la pratique, j’ai voulu creuser le sujet et je me suis donc inscrit pour une formation de 5 semaines, l’occasion de voir à quel point ma pratique se rapproche du corps idéal décrit par la technique Alexander, et peut être si ça n’était pas le cas trouver de nouvelles idées qui pourraient éclairer ma pratique.



De grandes similarités

Disons le tout de suite, le pratiquant d’Aunkai ne sera pas perdu. J’ai d’ailleurs trouvé amusant de voir que la plupart du temps les élèves ne pouvaient pas verbaliser leur ressenti via aux modifications posturales proposées, car on a tendance à oublier que le travail que l’on fait sur nous-mêmes via la pratique est finalement peu courant.

Je n’ai pas vu d’incompatibilité avec Aunkai dans ce qui était proposé mais beaucoup de similarités dans le maintien de l’intégrité de la colonne vertébrale, la façon de s’asseoir qui rappellera certaines versions de TenChiJin, ou de marcher qui correspond à ce que j’expliquais dans mon précédent article. Je ne suis donc pas fou ou si je le suis, je ne le suis pas tout seul. De même comme en Aunkai j’ai trouvé intéressant le fait d’avoir un partenaire (ici le thérapeute) qui donne un retour physique sur la qualité du mouvement, permettant de se rééquilibrer.

Des points d’entrée différents

Si je n’ai vu aucune incompatibilité, j’ai en revanche remarque des points d’entrée différents de ceux que j’utilise d’habitude. L’importance de la tête par exemple, dont le rôle est peu mis en avant en Aunkai et qui est probablement l’élément crucial en technique Alexander. C’était intéressant car cette approche m’a donné de nouvelles idées pour aborder les tanren et la pratique martiale en général, sans y changer quoi que ce soit pour autant.

En parallèle, nous avons également étudié des exercices de « recalibration » et notamment un exercice pour décompresser la colonne vertébrale et réhydrater les disques. Extrêmement facile à mettre en place j’ai vite trouve cet exercice extrêmement intéressant puisqu’un simple regard dans le miroir m’a permis de noter une différence considérable dans ma courbure lombaire. Mon dos et en particulier mon bas du dos prennent de fait trop de charge, et il m’a toujours été difficile de détendre cette partie. Ramener le bas du dos « droit » impliquait donc d’effectuer une rotation du pelvis vers l’avant, peu naturelle et je crois contre-productive parce qu’elle cassait ma structure, et j’acceptais donc cette courbure qui restait la moins pire des solutions. Suite à cet exercice il m’est possible de garder le dos beaucoup plus droit tout en gardant mon pelvis neutre.

Suite à cette expérience je ne peux que recommander à n’importe quel pratiquant de jeter un œil du côté de la technique Alexander, que ça soit pour une séance ou pour une formation. Cela pourrait avoir des conséquences positives pour votre pratique mais aussi et surtout tout simplement pour votre corps. Et s’il y a bien une chose dans laquelle je suis convaincu que nous devons investir, c’est le corps dans lequel nous vivons.

jeudi 7 décembre 2017

Stage à Ambès (33) - 28 janvier

Je serai en Europe pendant un mois, de fin janvier à fin février, une occasion exceptionnelle pour moi de retrouver mes copains de tatamis et pratiquer avec eux. Un mois c'est beaucoup et peu à la fois. Peu car je reçois de plus en plus de demandes pour des stages et que si je suis très honoré de l'intérêt que reçoit ma pratique, il m'est difficile de pouvoir dire oui à tout, à mon grand regret.

Malgré tout, ce séjour sera l'occasion d'enseigner dans six dojos différents et dans trois pays! Sans compter les endroits où je me rendrai avec plaisir comme simple pratiquant.

Pour débuter cette tournée, je me rendrai dans la région bordelaise, à Ambès à l'invitation de Pauline Parra. Ce sera mon 3e stage en Aquitaine après St Loubès en 2016 et Aire sur Adour en 2016, et je suis ravi d'avoir l'occasion une fois encore de revoir les pratiquants de la région pour construire d'avantage sur ce que nous avons fait les fois précédentes. Premiers de ma liste ce sont aussi les élèves d'Ambès qui aura la joie de profiter de mon décalage horaire



vendredi 1 décembre 2017

Mon livre enfin en VF!

Je ne vous l'avais pas promis, il est enfin disponible!

Il y a un peu plus de deux ans, je publiais en anglais un e-book sur le Nihon Tai Jitsu, suivi d'une version papier début 2017 suite à des demandes répétées. Ce livret étant à l'origine conçu pour mes élèves et les ressources en français étant nombreuses, je n'avais pas pour ambition de le traduire, malgré la demande.

Faute de temps c'est un projet que j'avais volontairement mis de côté, la traduction étant une activité difficile et prenante, et étant moins excitante pour moi que d'articuler ma pensée de A à Z. Le projet est finalement redevenu une possibilité quand... Guillaume roux m'a gentiment proposé de m'aider avec la traduction. Après un temps certain de ma part pour finaliser le texte, les images et la mise en page, j'ai finalement pu sortir cette VF récemment et elle est désormais disponible sur Amazon.

Comme son grand frère anglophone, cet ouvrage n'a d'autre prétention que de présenter le curriculum technique jusqu'au shodan ainsi que des éléments historiques et d'étiquette qu'il me semble utiles de connaitre.




jeudi 23 novembre 2017

Où chercher les réponses à nos questions ?

L’an dernier j’ai eu la chance d’assister à une intervention d’Hamish Taylor. Anciennement responsable de la marque British Airways, puis CEO d’Eurostar et de Sainsbury Bank, tout ça avant l’âge de 40 ans, Hamish a su changer profondément ces entreprises et leur donner un nouveau souffle, en s’inspirant de ce qui se faisait ailleurs.

Et c’est ce point qui m’a profondément marqué dans son discours, sa capacité à aller chercher ailleurs les solutions qui n’existaient pas dans son industrie. Deux exemples pour que vous compreniez ce que j’entends par là :

1.     Hamish est à l’origine des sièges de Business Class dans les avions qui peuvent se mettre à l’horizontale. Quand il a voulu mettre cette idée en place, il est allé voir les ingénieurs de British Airways, qui lui ont fait une liste de toutes les raisons pour lesquelles c’était impossible (espace, sécurité, etc.). Loin d’abandonner l’idée, Hamish est allé voir des architectes d’intérieur pour yachts, i.e. des professionnels capables de faire du luxe dans un espace très réduit. On connait la suite, toutes les compagnies aujourd’hui proposent ces sièges en business et première classe
2.     British Airways comme toute compagnie aérienne connaissait des problèmes de file d’attente. Un comptoir, une file était alors la norme, créant de la frustration parce que tout le monde tombe forcément sur la file la plus lente… Hamish est donc allé voir les gens qui maitrisent le mieux les files d’attente : Disneyland !



Sans rentrer plus dans le détail, ou expliquer précisément les solutions apportées dans ces deux cas puisque ce n’est pas le sujet de ce blog, je crois qu’il est intéressant de voir comment cette mentalité peut s’appliquer à notre propre cas, qu’il s’agisse d’ailleurs d’arts martiaux ou d’autres choses.

La pratique martiale est complexe et présente de nombreuses problématiques, notamment en termes corporels et mentaux. Si les réponses existent parfois dans notre art ou dans celui du voisin (donc dans notre « industrie »), il existe aussi des spécialistes qui ne pratiquent pas les arts martiaux et qui peuvent offrir des solutions à ces questions, solutions parfois meilleures que celles auxquelles nous avons accès, et il serait dommage de s’en priver.

Ma pratique est avant tout corporelle, dans le sens où je cherche avant tout à améliorer ma façon de bouger pour la rendre plus efficace. C’est un sujet qui se retrouve ailleurs que dans les arts martiaux, et j’ai par exemple exploré les voies suivantes :

Le Yoga

Pas de surprise sur le fait que je pratique le Yoga depuis maintenant de nombreuses années. Si mon maigre niveau ne rend pas cela évident, je suis en revanche plus conscient que jamais des bénéfices de la pratique du Yoga pour la pratique martiale.

Le Yoga présente d’abord cet avantage d’être purement centré sur soi, et donc de permettre au pratiquant d’augmenter considérablement sa compréhension de son propre corps : comment les éléments se lient, où est mon corps dans l’espace, comment se transmettent les charges de façon optimale, etc. Le Yoga permet de renforcer, assouplir et stabiliser le corps, et d’acquérir une compréhension du corps certainement plus fine que de nombreuses pratiques martiales.

En plus de cela, le Yoga enseigne une sorte de laisser-aller, laisser-faire, qui peut également apporter un nombre certain d’avantages dans les arts martiaux.



La technique Alexander

Je suis depuis quelques semaines des cours d’introduction à la technique Alexander. Cette technique utilisée comme thérapie consiste à reprogrammer l’élève pour qu’il utilise son corps de façon optimale, sans tension superflue qui pourrait amener à des problèmes sur de longues périodes. Pour faire simple se tenir debout, marcher, s’asseoir. Si vous pratiquez l’Aunkai cette définition ne peut que vous parler.

Via des exercices extrêmement simples, la technique vise à une reprogrammation de nos habitudes au niveau neurologique qui nous permet d’utiliser notre structure de façon plus efficace, en nous mettant face à nos mauvaises habitudes ou « patterns ». Dans la même veine, Esther Gokhale propose un travail passionnant visant à retrouver une posture correcte.



Anatomy trains

Anatomy trains est une méthode thérapeutique utilisant les fascias et mise en place par Tom Myers. Encore une fois la méthode amène à  une meilleure compréhension du corps, et explique un certain nombre de choses proposées par exemple en Aunkai, mais également… dans n’importe quelle activité, martiale ou non.

Shiatsu 

Le Shiatsu ou le massage en général ont aussi une utilité non négligeable. Capacité à lire les tensions dans le corps de l’autre et à appliquer une force en utilisant la gravité, sans tension musculaire qui ne ferait qu’aggraver les choses. Un bon praticien aura certainement une qualité de toucher et une compréhension du corps de son partenaire meilleure que la pratiquant d’arts martiaux lambda.

Ce ne sont là que quelques exemples parmi des dizaines, des centaines. Vous cherchez à améliorer votre rythme en combat ? Un musicien pourrait vous y aider. C’est la synchronisation qui vous pose problème et la capacité à faire différentes choses avec différents membres ? Un batteur. Coordination œil-main ? Un jongleur. Gestion du stress ? Un négociateur de prises d’otages. Ces exemples sont bien sur simplistes, et c’est voulu. Mais posons-nous ces deux questions : quel problème est-ce que je cherche à résoudre, et qui s’est fait une spécialité de cette question ?

Et vous ? Allez-vous chercher des réponses à vos questions ailleurs que dans le cadre de votre art martial ?

mercredi 15 novembre 2017

Quelques réflexions sur la marche

La marche est une des activités humaines les plus basiques et les plus partagées. Dès notre plus jeune âge et à partir du moment où nous sommes capables de nous déplacer, la marche remplace tout autre mode de locomotion non véhiculé et fait donc partie intégrante de nous. Les façons de marcher en revanche divergent, et on pourrait presque dire qu’il y en a autant que de personnes, puisque nous construisons tous des « patterns » reconnaissables de loin.

La marche dans les arts martiaux est aussi un sujet crucial et de nombreux arts « internes » se penchent sur la question. Dans les arts chinois on pensera immédiatement au Bagua, connu pour ses marches en cercle interminables autour d’un arbre, mais des arts comme le Tai Chi se penchent aussi clairement sur la question, et les exercices de marche au ralenti sont monnaie courante. En Systema, dans le récent stage auquel j’ai participé, nous avons également effectue de nombreux exercices de marche, rapides et lents, sans consignes particulières en ce qui concerne le mouvement si ce n’est de ressentir ce qu’il se passait et de coordonner la marche à la respiration. Quant à l’Aunkai tous les pratiquants le savent, on apprend à « se tenir debout, marcher, s’asseoir ». Pourquoi la marche est-elle essentielle ? Tout simplement parce qu’il faut être capable de déplacer sa structure de façon optimale lors d’un affrontement comme dans la vie.

Différentes façons de marcher

Il existe de nombreuses façons de marcher, comme je l’ai dit auparavant. En revanche la plupart des gens suivent un pattern plus ou moins similaire : le pied d’appui pousse dans le sol, ce qui a pour effet de monter le centre de gravité, l’autre pied reçoit, en général par le talon (a fortiori en chaussures) et déroule jusqu’à la pointe du pied avant de recommencer. En parallèle, la colonne vertébrale se vrille, le bras droit et la jambe gauche avançant en même temps, et réciproquement, ce qui amène a un raccourcissement d’une ligne myofasciale latérale à chaque pas en alternance.

La marche arrière diffère notablement, parce que jusqu’à preuve du contraire nos chevilles, genoux et hanches ne sont pas des articulations symétriques. Ce qui a pour effet qu’il est difficile de pousser dans le sol en marche arrière. La hanche retire la jambe, le centre de gravité reste sur la même ligne. Si on pousse le même individu lorsqu’il marche vers l’avant ou vers l’arrière, on s’aperçoit que son équilibre est nettement plus précaire en marche avant qu’en marche arrière. Ce qui explique notamment pourquoi je marche vers l’avant comme si je marchais vers l’arrière, entre autres bizarreries que j’expliciterai plus bas.

En schématisant, une marche habituelle ressemble à ça :





J’ajouterai que des individus plus jeunes auront tendance à avoir un centre de gravité qui monte et descend à chaque pas, alors que des individus plus âgés dont les hanches sont moins puissantes auront tendance à transmettre leur poids latéralement d’une jambe à l’autre de façon plus visible.

Depuis plusieurs années, on me demande régulièrement si je boite. Question que j’ai toujours trouvée bizarre... jusqu’à cette semaine. Entendons-nous bien, je ne boite pas. Quand on boite, on met en général plus de pression sur un pied que l’autre pour compenser une douleur ou une longueur de jambe différente. Ca a pour effet de clairement modifier la hauteur du centre de gravité et souvent d’encourager une vrille du haut du corps. Or, je garde mon centre de gravité au même niveau autant que possible, et je garde la « box » (intérieur des épaules/intérieur des hanches) intacte, donc je ne vrille pas le torse. Pourquoi donc ce commentaire récurrent ? Parce que mon « pattern » ne correspond pas à une marche habituelle et qu’il surprend suffisamment pour qu’on se demande si j’ai un problème. J’en ai discuté avec quelques personnes qui m’ont confirmé qu’elles avaient noté que mon pattern était différent, mais surtout parce que je me déplace de façon droite/raide/rigide. En fait comme une planche de bois qui fait une translation horizontale.

Comment est-ce que je marche ?

J’utilise en réalité plusieurs patterns différents, selon mes recherches du moment, et je considère la marche comme un entrainement comme un autre, facilement accessible, et possible à tout moment de la journée. Quel que soit le pattern utilise, je cherche à :
- maintenir le niveau du centre de gravite
- ne pas pousser dans le sol et limiter l’engagement des jambes dans le mouvement
- maintenir la « box »
- ne pas lutter contre la gravité

Apres cette conversation en début de semaine, j’ai observé les gens dans la rue et essayer de marcher comme eux pour sentir la différence. La majeure différence ressentie venant en l’occurrence des jambes, beaucoup plus engagées dans le mouvement. J’ai immédiatement perdu en vitesse tout en sentant un effort physique nettement plus important.

Actuellement je me déplace de deux façons :

1.     En partant du pelvis

La gravite est une force universelle contre laquelle nous sommes bien peu de choses. Au lieu d’aller à son encontre à chaque pas, mes déplacements l’utilisent donc. Concrètement ça veut dire que je me déplace en « tombant » d’un pas sur l’autre et que mes jambes me récupèrent. Mon pelvis me « tire » vers l’avant et vers le bas




2.     En partant du menton

Au lieu de partir du pelvis en tombant à chaque pas, l’idée est cette fois d’être tiré par le menton, à l’horizontale, ce qui enlève également la charge dans les jambes. Sans que la tête soit physiquement tirée vers l'avant évidemment pour éviter qu'elle perde son alignement avec le reste du corps.






Les deux méthodes présentent des intérêts différents, et il est intéressant de les explorer également dans des exercices comme « Walking Maho »

mardi 14 novembre 2017

Ne Waza

Le Ne Waza ou travail au sol n’a jamais été une force du Nihon Tai Jitsu et si cet aspect n’est pas totalement absent de l’enseignement il est clair que ce n’est pas et n’a jamais été un point stratégique de l’école. J’estime personnellement ce travail à moins de 10% de l’enseignement total, mais il reste cependant important pour plusieurs raisons.

Le Ne Waza en Nihon Tai Jitsu

Le Nihon Tai Jitsu est pensé comme une méthode de self défense. De ce fait, il ne peut se permettre de faire l’impasse sur aucun domaine du combat, mais il ne peut également considérer le combat comme un affrontement a un contre un, sans armes. Et lorsque l’on fait face à de multiples opposants et/ou à des armes il est clair que le sol n’est pas notre meilleur ami. Mais ne pas souhaiter y aller ne veut pas dire que cela n’arrivera pas. Nous pouvons tous glisser, perdre l’équilibre, être amenés au sol, ou tout simplement être déjà au sol au moment de l’agression (les agressions sur la plage sont rares mais pas impossibles), et il faudra bien faire avec la situation proposée. Pour cette raison, la stratégie au sol du Nihon Tai Jitsu est… de ne pas y rester ! Faire le boulot rapidement et trouver un moyen de se relever.

Cette stratégie a nécessairement un impact sur la pédagogie, puisque les situations travaillées sont donc des défenses contre des attaques au sol, et non pas du combat comme on le pratiquerait en BJJ ou Sambo pour citer les deux spécialistes du sol les plus connus. Pour la même raison on évitera sans doute les contrôles au sol qui demandent de s’emmêler les membres dans ceux du partenaire. Si ces contrôles sont très efficaces et o combien intéressants ils ont une fâcheuse tendance à nous bloquer dans la situation. Pas optimal lorsque notre opposant a des copains.




Il y a plus que ça à comprendre dans le travail au sol

Il y a plus en Ne Waza, beaucoup plus. Le sol peut nous enseigner des leçons essentielles pour notre pratique debout, et notamment en ce qui concerne la respiration et la qualité du mouvement.

La respiration d’abord parce que lorsque l’on combat au sol, gérer le poids d’un opposant sur notre corps a un impact immédiat sur notre capacité à respirer. C’est d’autant plus vrai si on commence à forcer pour le repousser et qu’on arrête de respirer par la même occasion. Un des enseignements du sol est tout simplement d’apprendre à garder notre respiration fluide et naturelle malgré la pression. Le sol est remarquable de ce point de vue parce qu’il suffit d’une minute pour être à bout de souffle, et il est impossible de continuer à se pouiller pendant 10-20 minutes sans s’autoréguler. C’est une des raisons pour lesquelles quand nous pratiquons le Ne Waza dans mon dojo, les « combats » peuvent durer longtemps, pour que chacun trouve en lui les ressources pour continuer sans s’épuiser.


Une fois la respiration sous contrôle, il devient possible à nouveau de bouger de façon naturelle et déliée. Respirez normalement et vous serez moins tentes de forcer et de repousser votre adversaire avec vos gros muscles, mais au contraire vous pourrez bouger et créer de l’espace. C’est aussi rendu possible par un changement d’état d’esprit et le fait de voir le Ne Waza comme un nouveau terrain pour explorer notre potentiel de mouvement sans chercher à gagner. Gagner est souvent un des principaux freins à la progression dans la pratique. On gagne, notre ego est satisfait, c’est bien… mais qu’avons-nous appris ? Que gagner est agréable, certes… Il est en revanche utile de chercher à ne pas perdre, dans le sens de ne pas laisser tomber complètement ses défenses, renforcer notre mental, comprendre nos faiblesses et ne pas laisser notre adversaire les saisir. Mais gagner est un sujet vraiment à part. Le but de l’entrainement est de s’entrainer, ni plus ni moins. Gagner ne nous fait pas progresser, ça nous rend juste contents de nous. Découvrir de nouvelles situations et explorer différentes possibilités apporte à mon avis beaucoup plus. Bien sûr, nous devons être capables de repérer les opportunités et les convertir a notre avantage, mais cela fait de la victoire une conséquence, pas un objectif.

Apprendre à bouger et respirer naturellement n’est pas juste utile au sol, mais évidemment tout aussi important debout. Il me semble en revanche que nos défauts sont plus visibles au sol qu’ils ne le sont debout, ce qui rend ces éléments plus faciles à travailler dans cette situation.

La façon dont je pratique le sol avec mes élèves est évidemment profondément différente de celle proposée en BJJ ou en Sambo, et il me semble évident que prendre un spécialiste sur son terrain est une mauvaise idée. Mais encore une fois, l’idée n’est pas ici de devenir des grapplers de haut niveau, mais de comprendre comment nous pouvons gérer ces situations et comment nous pouvons bouger librement en respectant les mêmes principes que nous utilisons debout, et donc comment nous pouvons finalement nous retrouver dans une position plus confortable pour finir le combat.