lundi 29 avril 2013

Passage à Taichung : entre Taiwan Beer et principes


Je n’avais pas eu l’occasion de retourner à Taiwan depuis quelques mois, et j’y ai donc remédié ce week-end. Comme toujours, le week-end a été (trop) court, mais comme toujours il a aussi été d’une indéniable richesse. En effet, le début 2013 a été particulièrement intense en termes de pratique martiale entre mon passage chez Akuzawa sensei, le stage avec Endo sensei, et enfin mon séjour à Paris entre le Kishinkan et le stage de Washizu sensei. Autant d’éléments à partager avec Fred, mais aussi à valider/affiner.

Mon arrivée a été assez improbable. Déjà parce que je n’ai pas reconnu l’aéroport. Où est donc l’aérodrome de Taichung ou on traverse la piste à pieds ? Nous sortons de l’avion via une passerelle et l’endroit est aussi moderne qu’à Taipei ou Hong Kong. Etait-ce le bon vol ? Y a-t-il un autre aéroport qui s’appelle Taichung Airport ? Cela dit je ne vois Taichung écrit nulle, je ne suis pas certain d’y être. Peu importe, l’immigration indique Republic of China, c’est au moins le bon pays, je vais sortir et on verra bien. Une fois sorti, je ne reconnais toujours pas l’aéroport, ou pas tout à fait. Et pour cause, le nouveau terminal international vient d’être terminé il y a une dizaine de jours. Plus qu’à trouver un taxi. Sauf que… il n’y a pas de taxi ! Il y a en revanche bien une file pour les attendre, mais avec un seul taxi en plus de 30 min et une file relativement longue, rejoindre la ville semble assez compromis. Alors que Fred essaie de m’appeler un taxi, il apprend que les nouvelles règles interdisent a un taxi vide de rentrer dans le parking (et bien sûr à 23h personne ne vient prendre un avion…). Apparemment il y a un bus, je ne sais pas où il va mais apparemment dans la bonne direction. On va essayer. J’arriverai finalement à bon port, mais il s’en est fallu de peu. Le chauffeur m’ayant dit que j’étais arrivé au moment où je sortais… si je n’avais pas reconnu le quartier je serais certainement encore dans le bus.

Ses mésaventures passées, le week-end a pu commencer. Samedi matin nous sommes allés voir une démonstration de Kali. En réalité, nous étions les deux seuls spectateurs, ce qui peut sembler léger pour une démonstration mais ça a quand même été intéressant. Les principes de l’école nous sont expliqués et démontrés (mieux expliqués que démontrés en l’occurrence) et l’enseignant est vraiment sympathique. Pas grand-chose de neuf pour moi pour être honnête, ayant un peu touché aux arts philippins dans le passé, mais je trouve toujours intéressant de voir de nouvelles personnes et la façon dont ils pratiquent.

L’après-midi a été consacré à la pratique, et en particulier à ce que j’ai vu ces derniers mois et à la façon dont je fais évoluer ma pratique. Avoir Fred comme partenaire est une chance, car il me permet à chaque fois d’essayer mes idées et de les affiner. En me bloquant, me donnant un retour sur ses sensations, etc. Un gros moment a été consacré notamment aux bases du NTJ, revues à la lumière de mes rencontres récentes. En pratiquant la forme « classique » et ce que j’en ai aujourd’hui compris, nous avons pu affiner et valider ensemble les principes que je continuerai de travailler avec mes élèves.  

Le reste du week-end a été plus léger avec du rhum, de la bière, une petite migraine, des tanren a l’hôtel et des discussions sans fin sur la pratique martiale. En bref un très bon moment tant martialement qu’humainement.

jeudi 25 avril 2013

Focus sur les techniques de base


Depuis mon retour à HK, mes cours se focalisent majoritairement sur le travail des techniques de base. L’ensemble des formes atemi et clés et une grande partie des formes projections, certaines étant trop dangereuses pour des débutants. Les applications de type self défense sont pour l’instant écartées et  nous reviendrons dessus plus tard, quand les techniques de base seront mieux connues.

Pourquoi se concentrer sur ce point et écarter une partie du reste ? Parce que j’ai le sentiment qu’il y a dans ces 27 techniques suffisamment de choses à acquérir : déplacements, distances, te hodoki, etc. Plus que ça, je crois que le fait d’être obligé de suivre la forme permet de mieux comprendre les principes de l’école, quand un travail plus libre permet facilement de tricher et de travailler en force. S’y ajoute le travail de ne pas être senti dans le mouvement comme j’ai pu le voir avec Akuzawa et Washizu sensei. Trouver le geste juste devient très difficile, mais aussi beaucoup plus intéressant qu’essayer de passer en force.

Je suis également convaincu que ce type de travail doit avoir lieu le plus tôt possible dans la progression, car il est très difficile de corriger de mauvaises habitudes. En parallèle, cela me permet de revoir entièrement les bases a la lumière de ce que j’ai compris ces derniers mois : trouver le déplacement correct pour prendre l’équilibre de Uke dès le départ, minimiser le mouvement du point de contact pour éviter les contres. Il est probable que je passe 2 mois voire plus sur ces techniques, qu’elles soient travaillées de façon formelle, à l’envers (officiellement les techniques de base en NTJ ne se font que d’un côté), sous forme dynamique en randori, avec ou sans résistance, les yeux fermés, ou de n’importe quelle autre façon saugrenue qui me viendra en tête le moment venu. A partir de cette base, nous construirons quelque chose, avant d’y revenir probablement de nouveau.

vendredi 19 avril 2013

Passage au Kishinkan: Aikido avec Leo Tamaki


Dernier compte rendu du mon passage à Paris et en particulier au Kishinkan (l’ordre suivi est simplement l’ordre de rencontre des différents enseignants lors de mon passage): le célèbre Leo Tamaki. Je suis les écrits de Leo depuis maintenant un petit moment et ils m’ont plus d’une fois interpellé. Il partage avec nous sa compréhension de l’Aikido mais aussi de nombreuses interviews inédites de différents maitres. Il est également celui qui a fait connaitre en France les sensei Kuroda, Akuzawa, Kono et Hino, et rien que pour ça il a toute ma gratitude.

Lors de mon dernier passage à Paris, Leo était absent et nous nous étions dit que ça serait pour une prochaine fois. Cette fois. Deux jours après l’avoir rapidement croisé a la boutique, je lui ai demandé à participer à son cours et me suis présenté (confirmant que je manque de narcissisme et que je ne mets pas assez de photo de moi sur ce blog, qui semble plus connu que ma tête).

Le cours a été très intéressant et très subtil, dans la même lignée que ce que j’avais vu chez Yannick : contact léger, travail sur les sensations, ne pas faire sentir sa technique à l’autre, etc. mais j’ai senti plus d’insistance de Leo sur ces points. Plusieurs exercices ont été proposés pour ressentir une poussée douce et continue et la suivre sans avoir de moment d’opposition ou de blocage, les yeux fermés pour se concentrer uniquement sur le touché. Leo nous a aussi fait travailler les chutes de manière très intéressante (et très compliquée), en utilisant uniquement les muscles profonds et non les muscles superficiels. Une chute arrière en partant allonge sur le dos doit par exemple se dérouler sans contraction des abdominaux. Plus facile à dire qu’à faire.

Sans revenir sur le détail de ce qui a été travaillé, j’ai beaucoup apprécié la pédagogie de Leo, le fait qu’il fasse sentir la technique à tous et qu’il donne de nombreuses explications historiques sur l’utilisation du corps. C’est véritablement passionnant d’assister à ses cours. J’ai aussi été marqué par sa façon de parler (aussi surprenant que ça puisse paraitre) : là où de nombreux enseignants parlent très fort pour être surs d’être entendus, au point de donner parfois l’impression de faire son service militaire,  la voix de Leo était en revanche douce, posée et amicale.

Cette douceur dans la voix s’est confirmée le lendemain, quand il a gentiment accepté de porter son keikogi Hello Kitty. En dehors du côté comique (oui, ça me fait rire), j’apprécie réellement de voir un pratiquant réputé pour son sérieux et la qualité de son travail être capable de dépasser les apparences  et d’enseigner dans une tenue improbable. Le travail n’en a pas été moins bon, et ses élèves ne m’ont pas semblé moins attentifs que la veille.


 Le redoutable Hello Kitty Tamaki

Pour l’occasion j’ai utilisé le bokken Hello Kitty assorti, dont le précédent utilisateur était… Kuroda sensei. J’ai donc le regret d’annoncer que le talent ne se transmet pas via un bokken, je n’ai pas réussi à devenir un génie du sabre en 1h15. Dommage, j’y croyais.

Malgré un emploi du temps très chargé, Leo a trouvé un moment pour que nous allions boire un verre après le cours. Une véritable encyclopédie vivante des arts martiaux, je regrette presque de ne pas avoir pris de notes.

Mon séjour à Paris est désormais fini mais ces différentes rencontres m’ont chacune apporté quelque chose. Parfois des choses différentes, parfois aussi simplement des choses similaires qui venaient se confirmer. Dans tous les cas elles ont ouvert mes perspectives de travail est c’est très positif. Merci donc à Yannick, Christophe, Leo, Philippe Cocconi et Washizu sensei pour ces bons moments passes sur les tatamis sous leurs directions.

jeudi 18 avril 2013

Passage au Kishinkan: Aunkai avec Christophe Martin


La pratique de l’Aunkai depuis Hong Kong n’est pas particulièrement simple, a fortiori depuis que je n’ai plus de partenaire sur place qui étudie la méthode. Heureusement il reste la possibilité d’aller directement à la source à Tokyo, ou de passer aux cours de Christophe Martin quand je suis à Paris.  Dans un monde parfait, j’irais chez les deux chaque année car ils m’apportent des choses différentes.

Les cours sont en effet relativement différents à Tokyo et à Paris et de ce fait apportent un éclairage différent sur la méthode et sur la façon d’utiliser le corps, du moins pour ce que j’ai pu en voir. Mes passages à Tokyo se résument généralement à deux parties : le cours « normal » et les cours « privés ». Lors du cours normal, on commence en général par une bonne heure avec gants de boxe et pattes d’ours pour sentir la génération et la réception de force, suivie d’exercices en solo ou avec partenaire, et ensuite parfois des exercices libres ressemblant presque a de la lutte pour sentir le travail en opposition au contact. Les cours prives quant à eux sont plus axés sur le développement des qualités fondamentales à travers les exercices de base (du moins dans mon cas). A Paris, en plus des tanren et du classique push out, il y a (je trouve) plus d’exercices didactiques avec partenaire pour comprendre les principes sous-jacents. Il y a aussi beaucoup plus de référence à l’utilisation du Bo. Je ne sais pas s’il s’agit du hasard du calendrier (dû à mes visites trop peu fréquentes), d’une différence dans la façon dont Akuzawa sensei approche ses élèves en France (puisqu’il ne s’y rend que deux fois par an) ou d’un choix pédagogique de Christophe. Dans tous les cas ça fonctionne assez bien et j’aime bien avoir les deux approches.

Malheureusement pour moi, je n’ai pu participer qu’à deux cours, pris notamment par le stage de Washizu sensei, mais cela m’a quand même permis d’avoir quelques corrections et de refaire des push out avec des partenaires habitués à l’exercice. Merci à Christophe pour son accueil et son aide, c’est toujours un plaisir de venir à ses cours.

lundi 15 avril 2013

Aikido et Muso Shinden Ryu - Philippe Cocconi


En plus de ses cours d’Aikido, Yannick m’a fait l’amitié de m’inviter au cours de Muso Shinden et d’Aikido de Philippe Cocconi chez qui il se rend chaque lundi. L’heure de Muso Shiden est passée vite avec le travail de 10 kata du 2e niveau. Aussi intéressants qu’impossibles à réaliser, et j’ai vu plus d’une fois Yannick et Philippe rire en me regardant. Chaque kata m’a semblé travailler un détail différent de l’utilisation du corps, mais la série entière travaille la soustraction et le fait de remplacer son corps par la lame (pour faire simple). Si la première série se fait en avançant la jambe, la deuxième s’effectue en retirant la jambe arrière (toujours pour faire simple). Utiliser le corps correctement pour sortir une lame de 70cm rapidement depuis une position semi-assise est un véritable challenge et si je vois assez bien l’intérêt de la pratique, j’ai de gros doutes sur mes capacités à y arriver. 

La partie Aikiken s’est faite comme son nom l’indique au Ken, et avec partenaire. Nous avons vu 4 entrées sur une attaque Men, qui paraissaient souvent beaucoup plus simple qu’elles ne l’étaient. Sur la dernière pour être tout à fait honnête, j’ai vu l’attaque, le départ et l’arrivée. Rien au milieu et pas plus quand Philippe me l’a faite. Autant dire qu’avec de vrais sabres j’aurais été découpé en petits morceaux… C’était intéressant a plus d’un niveau et j’ai pu remarquer certains détails comme le fait de faire partir la lame juste avant le corps pour éviter un contre ravageur.  Ça parait simple sur le papier, mais c’est en réalité assez difficile à mettre en place.

La dernière partie s’est concentrée sur les révisions pour les passages de grades, sous forme dynamique et par groupe de 4. Annonce des attaques et défenses que Tori effectue en temps réel, sous pression, avec la liberté de sortir du Kihon et de se lâcher. Ne sachant pas si je devais aller m’entrainer avec les débutants ou rester avec les avances, j’ai posé la question a Philippe Cocconi, qui m’a gentiment laissé avec les avancés. Tant mieux, j’ai passé un excellent moment ! Pour être honnête, ça a été beaucoup d’improvisation de mon côté, n’ayant pas vu l’intégralité des formes (il s’agissait des formes pour 2-3-4e dan) mais c’est toujours intéressant d’essayer d’improviser tout en restant dans le cadre proposé (en l’occurrence de l’Aikido et pas du NTJ).

J’ai été ravi de découvrir quelque chose de nouveau, tant en Aikido qu’aux armes. Je n’ai plus l’occasion de pratiquer de nombreux styles différents en stages, et mes séjours en France, même courts, me permettent de rencontrer à chaque fois de nouvelles personnes et de nouvelles façons de travailler. Chaque rencontre contribue à mon évolution, en infirmant, confirmant ou remettant en doute tout ce qui a été fait/vu auparavant par un processus de destruction/construction permanent. Merci a Philippe Cocconi pour son accueil et a Yannick pour son invitation.